La Palette

Chronique 1 : transmutations et ambitions

Ce mois de juin est assez agréable. Ici et là, on pose, on décolle, on repeint, on gratte, on superpose, cloute, prépare, sécurise. L’intense brasier que sont les Rencontres de la photographie d’Arles, qui n’avait pas pu prendre l’été dernier, affirme pour cette 52ème édition toute sa puissance. On doute, aussi, et la ville attend sa respiration annuelle.

Monsieur le festival, je suis un monstre qui vous regarde

Ici et là, tout s’habille de parme ; c’est tendance, et je m’efforce d’y voir un message queer. La tête d’affiche de cette année n’est pas un chien ou un oiseau : c’est une personne. Une personne qui marche, ou qui semble marcher, dans un désert. Un gros « A » appuie sa posture, en soulignant l’aridité de cet espace, dans un noir semi-opaque. Cette personne, c’est l’artiste SMITH, artiste protéiforme transgenre, et c’est là le plus important. Enfin de la visibilité. Enfin un corps différent, hybride et errant, loin des affiches acidulées des années précédentes.

La Librairie du Palais aura d’ailleurs la chance de pouvoir voir finir cette course, cette marche à l’intérieur de sa galerie, en résonance avec l’exposition Désidération (Anamandia Sin) au Monoprix.

En parlant de marche, il y en a eu une autre ce mois-ci, une marche historique car c’était la première marche des fiertés arlésiennes. Une véritable consécration pour la petite minorité LGBTQIA+ de la ville. Un char romain dirigeait le cortège, et ici et là, on clamait du Paul B. Preciado ou du Virignie Despentes. Un monde fou. Une ambiance à incendier les rues de nos voix. Un tissu d’amour qui a duré plus de dix heures, et qui ne s’est visiblement pas estompé après les revendications. Pas encore, attendons l’hiver pour voir si cela tient toujours. J’y ai vu SMITH en train de faire des images furtivement, et sur instagram le soir un panneau qui disait « le silence ne nous protègera pas ».

Monsieur le festival, le silence ne vous protègera pas

C’est toujours déroutant de voir autant de monde dans ces rues quasi-désertes, et elles l’ont été encore plus cette année ; les restaurants complets, les signatures, badges, couleurs de badges, importance de badges, voitures BMW, défilés, projections, vernissages, discussions, conférences, collectionneurs, galeristes…

se sentir libre
se sentir entouré
se sentir appartenir
se sentir épris de ses tissus

pouvoir se baigner nu et cueillir les étoiles,

pouvoir
pouvoir voir cette nature si séduisante,
ce ciel parme de 19-20h
qui tire sur l’ocre ou l’outremer
dans cette Camargue sauvage

pouvoir voir :

Garçons sensibles : un flambeau que l’on doit partager

Blue Skies : totémique, magnétique

The New Black Vanguard : galvanisant

Sabine Weiss : un trésor

Une autre exposition qui disait :

Le sit-in, c’est nous

En fait on attendra pas, on attendra plus. On veut de l’actualité, on veut voir les choses qui fâchent, ces guerres, et ce qui nous préoccupent, les corps et les mentalités qui dérangent, on veut occuper, assiéger ces murs, ces églises et palais, on veut redécorer vos chapelles, on veut être présent, on veut habiter, on veut raconter. On veut d’une révolte pacifiste au dessus des boîtes de conserves et de cette ville homophobe/transphobe, pacifiste oui mais une révolte sinueuse dans le quotidien de centaine de personnes, un grain de sable dans le sillage des dynamiques des fondations, une révolte insouciante et qui peu à peu remonte dans cette ville plate.

SMITH c’est un peu le Batman qui envoie un SOS aux étoiles, pour éclairer les consciences.

Merci à Delphine pour ces opportunités,
d’autres appellent ça « rencontres »

plus tard, je veux être une étoile
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