Expositions

Sergio Valenzuela-Escobedo Âmes révolutionnaires

Du 8 mai au 25 juin 2021 – du mardi au samedi 10-18h

Vernissage le 8 mai 2021

 

âmes révolutionnaires

Mauvaise nouvelle pour la planète. La déforestation en Amazonie – le chiffre annuel à l’aune duquel le reste du monde mesure les performances environnementales – a explosé l’année dernière. La plus grande forêt tropicale du monde, essentielle pour ralentir le changement climatique, a perdu 11 088 kilomètres carrés d’arbres, selon le bilan annuel publié par les autorités. L’Amazonie brésilienne a subi sa pire destruction en 12 ans à cause des occupants illégaux qui abattent des arbres, déclenchent des feux de forêt et attaquent les communautés indigènes qui y vivent.

L’Amazonie brûle. Les arbres, les insectes, les animaux brûlent aussi. Les communautés qui y vivent poussent des cris depuis cette région naturelle d’Amérique du Sud. Il semble que personne ne les écoute. Ils sont indignés car un des poumons de la terre brûle, en même temps que les plus anciens meurent à cause de la crise sanitaire. Ce ne sont pas des éléments qui brûlent, c’est un  “savoir faire” amér/indien qui se perd, mettant en péril la connaissance de la biodiversité.

Longtemps, explorateurs et missionnaires, fascinés par la richesse de la pharmacopée
 amér/indienne cherchent à percer les secrets des guérisseurs. Ils cherchent aussi à échapper à la densité de la végétation, aux piqûres et aux morsures, aux maladies tropicales et au curare des flèches qu’on leur lançait. Les amér/indiens, forts d’une pratique vieille de
20 000 ans, ont appris à maîtriser les plantes médicinales et leurs pouvoirs. Ce que les hommes blancs n’ont pas compris, c’est que cette connaissance intime, plus qu’une médecine efficace, est une philosophie de vie. Par contre, ce que nous avons appris c’est que l’Amazonie pouvait devenir une pharmacie naturelle. C’est bien là-bas que Mr.Schultes, biologiste américain a excellé dans l’étude des propriétés pharmacologiques de nombreuses plantes et champignons d’usage rituel aux propriétés enthéogènes ou hallucinogènes.

Son livre Plants of Gods coécrit avec le chimiste suisse Albert Hofmann est utilisé comme référence pour ce projet. J’ai commencé à chercher en Europe une partie des plantes qui y figurent, et à les photographier pour les présenter sous la forme d’une vidéo. Une technique photographique qui consiste à prendre une succession de photographies, permettant de décomposer chronologiquement les phases d’un mouvement ou d’un phénomène physique, trop brefs pour être observés convenablement à l’œil nu. En 1938, à partir de molécules (elles aussi invisibles à l’œil nu), de certaines plantes, Hofmann synthétise le LSD qui, trente ans plus tard, ouvrira les portes de la perception et fera « tourner les têtes ». Dans l’espace-temps approximatif de ce projet, ce sont les plantes psychotropes qui
« tournent », selon une forme de révolution inversée qui dans une tentative ratée cherche à dévoiler leurs esprits.

Âmes révolutionnaires : c’est en effet à la suite de la conquête espagnole en Amérique centrale et en Amérique du Sud que l’usage des plantes hallucinogènes, et plus largement, psychotropes, est interdit. Ces plantes nous côtoient depuis le Néolithique et leurs savoir remontent au moins à l’Antiquité. Même à une époque en Europe où la culture des plantes médicinales était imposée par décret royal et aujourd’hui des lobbies très puissants et influents ont réussi à interdire l’utilisation de certaines plantes hautement thérapeutiques et connues pour leurs vertus depuis plusieurs millénaires. 

Bien que les politiques contemporaines de lutte contre les drogues soient un phénomène moderne, l’histoire montre qu’il a été tenté, de manière récurrente, à des époques diverses, de limiter voire d’empêcher la consommation de ces produits dits « toxiques ». Même les fleurs de Safran sont réglementées à cause de leur dangerosité. Les scientifiques considèrent qu’un dosage élevé de 5g de Safran peut s’avérer toxique et une dose de 20g peut être létale.

Certes, de nos jours la nature et sa biodiversité offrent aux chercheurs une multitude de sujets de recherche, en particulier pour trouver des molécules aux propriétés biologiques intéressantes et d’inspiration pour les chimistes. On passe de la plante à la molécule de synthèse. Certaines sont vendues en forme de petite gélule ou cachets de couleurs, d’autres n’arrêtent pas de brûler. Ce travail questionne aussi l’indifférence autour du feu et des cendres qui volent depuis l’Amazonie, qui touchent nos visages sans que cela nous donne des raisons suffisantes pour nous indigner.

Oeuvres présentent à la galerie :
Bouquet de volubilis
Arles août 2014
Tirages chromogéniques réalisés par l’artiste.
Série numérotée sur 3 exemplaires.
Une partie de l’argent sera versé à l’association Centro Amazónico de Antropología y Aplicación Práctica.

Le volubilis (Ipomoea purpurea) est une espèce de plantes herbacées de la famille des Convolvulaceae ori-
ginaire du Mexique. Elle est largement cultivée comme fleur de jardin annuelle dans les régions tempérées

comme à Arles, où elle est appréciée pour sa végétation exubérante et ses grandes fleurs en entonnoir. Utili-
sant un « format standard », la série photographique est réalisée selon un tour de bobine ce qui nous rappelle

que l’année cyclique correspond à un cercle de 360° et que la même forme une journée entière puisqu’elle cor-
respond à un «cycle» du soleil. Cette série de photos a été réalisée en 2014 et est restée dans l’obscurité jusqu’à

aujourd’hui. Il m’a fallu comprendre, pour le ressortir, deux concepts essentiels lors d’un travail de recherche :
la multidirectionnalité et l’habitation en photographie.

Il y a de la poussière …
Arles, août 2021
Livre d’artiste
Le livre est à la fois un témoignage expérimental du rapport amour-haine entre photographes et poussière,

et un rappel des conséquences néfaste de la photographie argentique et numérique en rapport à l’environne-
ment. La poussière est la grande ennemie des photographes, on l’oublie, mais une petite particule de pous-
sière qui est peut-être insignifiante à nos yeux dans l’immédiat, prend une dimension cosmique lorsqu’elle

vient se coller sur le négatif. Par ailleurs, nous le savons, la photographie n’est pas une pratique très écolo-
gique. À chaque technique son fléau majeur : quand photo numérique rime avec obsolescence programmée

et stockage illimité, l’argentique promet des déchets toxiques pour l’environnement. Peut être faut-il arrêter de
prendre des photos pour sauver la planète ?

   

 
 
 
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